5 astuces pour survivre au couvre-feu

bougie

Depuis deux semaines, vos boules Quies restent sur la table de nuit. Elles sont désormais inutiles, puisque dès 19h, Le Caire est plongé dans un silence assourdissant. Les rues sont désertes, et le seul bruit perceptible est le ronronnement permanent des climatisations. Vous avez l’impression de connaître personnellement Sonia Dridi (correspondante de France 24 au Caire) car vous la voyez plus souvent que votre propre mère.

Tandis que d’ordinaire Le Caire ne dort jamais, la ville entre dès la tombée de la nuit dans un état de léthargie avancée jusqu’au lendemain 6h. Au début, le couvre-feu a quelque chose d’intrigant, mais très vite l’ennui mortel prend le dessus. Cairoinshallah vous donne quelques conseils pour survivre et ne pas tomber en dépression.

1)      Ne vous coupez pas du monde

Difficile de ne pas s’affoler. Alors que d’ordinaire, vous vous motivez pour remplir une feuille Excel au bureau en pensant à la soirée qui arrive et au weekend de folie qui s’annonce, il est désormais difficile de se donner du courage. Finies les soirées entre amis, à moins d’opter pour les pyjama parties où les invités finissent par se vautrer sur un matelas gonflable dans le salon. Les gens deviennent de moins en moins joignables, comme si le couvre-feu imposait également une retraite ascétique. Cairoinshallah vous conseille donc de prendre régulièrement des nouvelles de vos amis, et d’essayer, dans la mesure du possible, de les voir le midi.

2) Attelez-vous à de grands projets

C’est l’occasion de se lancer de véritables défis personnels. Inspectez votre bibliothèque poussiéreuse et choisissez des grands classiques qui d’habitude vous effraient. Pourquoi ne pas vous plonger de nouveau dans le chef d’œuvre Le Quatuor d’Alexandrie, alors que vous aviez lâché prise au milieu du tome 2. C’est aussi le mois ou jamais pour se lancer dans le point de croix, l’aquarelle, ou vous remettre à l’arabe.

3) Arrêtez de vous goinfrer

En une semaine, vous avez déjà pas mal entamé votre stock de fromages et de chocolat made in France, alors que vous ne rentrez au bled que dans deux mois.  Il est temps d’apprendre à mieux gérer ses ressources, et surtout à ne pas avaler n’importe quoi sous prétexte que c’est le couvre-feu et que vous avez le droit de vous lâcher alimentairement parlant. Ressaisissez-vous, et gérez votre stress autrement, en sirotant des tisanes au tilleul par exemple. Pour ceux qui boivent autre chose que des infusions, faites-le avec modération.

4) Faites un minimum d’exercice physique

Si l’on se réfère aux recommandations de l’ambassade, les seuls déplacements autorisés sont ceux à l’intérieur de l’appartement. Le risque, c’est qu’on ne vous reconnaisse plus dans un mois, et que vous ayez à racheter toute une garde-robe parce que vous aurez pris deux tailles de sarouel. Nous vous recommandons donc de vous maintenir en forme en faisant des tours de pâté de maison en journée, et quelques exercices de gymnastique sur tapis le soir devant le débat de France 24.

5) Retrouvez le bonheur d’une vie monacale

Profitez de cette assignation à résidence pour faire le point sur vous-même. Lancez-vous dans de longues séances de méditation, que le silence provisoire qui règne dans la ville ne pourra pas perturber. La situation ne peut que s’arranger.

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Monsieur Paul

La Villa

C’est l’adresse qu’Egyptiens et expats se refilent discrètement. Quand on téléphone,  une dame charmante met des heures à passer en revue le carnet de rendez-vous pour trouver un créneau disponible. Vous demandez à être coiffée par Monsieur Paul himself, et on vous propose de choisir entre Ehab, Karim ou d’autres pour le brushing. La veille du rendez -vous, on vous rappelle pour confirmer l’heure, car les places sont chères.

Ca y est, c’est le jour J. On entre dans un jardin luxuriant, où se cache une belle villa rose. Vous poussez la porte du salon, et le ballet commence. Une nuée d’employés en tunique blanche virevolte dans l’appartement transformé en salon et chacun a sa place dans la hiérarchie, selon la tâche unique qui lui a été attribuée. On vous enfile délicatement une blouse, et on vous fait asseoir dans un canapé violet, le temps que votre shampouineur de prédilection se libère. L’ambiance est agréable, on se sent bien dans ce boudoir géant façon Marie-Antoinette version Coppola. On vient vous chercher pour le shampoing, et on vous désigne un lit. Le doute s’empare de vous, mais le gentil shampouineur vous installe confortablement sur le fauteuil-lit et vous fait le meilleur massage du cuir chevelu du monde. Alors qu’en temps normal, vous ne laissez pas un inconnu vous masser les tempes, vous vous laissez faire docilement, à moitié rassurée.

C’est que, en Egypte, on se doit d’être bien coiffée, par respect pour autrui. Alors que la Française a le sentiment du devoir accompli quand elle a les cheveux à peu près propres, l’Egyptienne se doit d’arborer une coiffure impeccable et sophistiquée en toutes circonstances. Par conséquent, les Egyptiennes ne comprennent pas pourquoi les Françaises du Caire sont aussi échevelées et négligées, un comble pour un peuple qui se prétend raffiné.

Il est temps de rencontrer Monsieur Paul. Installé au Caire depuis 10 ans, ce gourou du cheveu règne en monarque absolu sur son salon.  Ses clientes lui vouent une admiration sans limite et en ont fait leur confident. Alors que vous vous apprêtiez à expliquer ce que vous vouliez, une vieille dame égyptienne lui murmure à l’oreille qu’elle part demain à Paris, la ville où elle a conçu son premier enfant et où son mari est décédé. Monsieur Paul écoute tout le monde, les expatriées désoeuvrées, les Egyptiennes hyperactives branchées sur leur Blackberry pendant qu’on les coiffe, et les businessmen sérieux venus rafraîchir leur calvitie naissante. Monsieur Paul ne se souvient pas de vous, car vous ne faites pas partie des habituées, mais il a l’élégance de ne pas le montrer. Il vous parle de choses personnelles, vous donne l’impression qu’à ce moment précis, il se consacre entièrement à votre petite personne. L’expert brushing vient vous chercher, manie la brosse ronde et le fer à lisser avec une habileté déconcertante, et vous reconduit chez Monsieur Paul, qui donne un dernier coup de ciseau à son chef-d’œuvre. Vous sortez du salon avec l’impression d’avoir vécu un instant dans un monde parallèle.

Information de la plus haute importance : Monsieur Paul déménage à Zamalek en septembre, le lieu est encore tenu secret jusqu’à l’ouverture. Le téléphone reste le même.

Photo Cairoinshallah, la villa de Monsieur Paul à Dokki

Ramadan

Fanous

Un vent de piété souffle sur le Caire. Ceux qui d’habitude étaient les premiers à suivre des yeux les passantes, sont désormais absorbés par la lecteur du Coran à haute voix, et montent le son dès que quelqu’un s’approche car plus la foi est affichée bruyamment, plus elle est sincère. Pour l’inconscient collectif égyptien, Ramadan est le mois où l’on peut se laver des pêchés et mauvaises actions de l’année. Cela demande donc un sacré effort pour certains.

La ville s’éveille plus tôt que d’habitude, car on se presse au bureau vers 8h, pour espérer partir quelques heures plus tard. Ce mois-ci, on fait du présentiel, car les pauses cafés, cigarette et thé ne sont plus possibles pour réduire la journée de travail au minimum. On tapote donc d’un air distrait sur son ordinateur, les yeux encore embués de sommeil , grelottant dans l’air climatisé à 15 degrés qui empêcherait de ressentir la soif. A 15h, on saute dans sa voiture pour regagner son quartier et se mettre à préparer l’iftar.

C’est un mois où la solidarité resurgit, on donne aux pauvres, et de grandes tables sont dressées dans la rue pour ceux qui n’ont pas de quoi préparer un iftar chez eux. Les mendiants vous interpellent, « faites une bonne action », et les mosquées sont remplies. Les esprits s’échauffent souvent : affâmés, certains ne se contrôlent plus et s’énervent en invectivant le voisin de chaise dans la rue, et les autres, curieux,  attendent jusqu’à ce qu’on frôle le drame, et s’interposent enfin en faisant remarquer « tu jeûnes, tiens toi bien ». D’autres font fi du qu’en dira-t-on et se dirigent sans complexe vers un kiosque pour acheter un Mars. Regain de moralité oblige, le harcèlement dans la rue a quasiment disparu : on regarde les filles mais on ne les siffle plus, et certains se mettent à détourner pudiquement le regard dès qu’une fille leur adresse la parole.

A l’heure de la rupture du jeûne, la ville est déserte et silencieuse. Deux heures plus tard, le Caire grouille à nouveau, les magasins remontent leur rideau et on veille au moins jusqu’au souhour, le dernier repas avant le lever du soleil.

Cairoinshallah a testé pour vous : le retour en France

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Soyons honnêtes, on idéalise toujours la transhumance estivale, à savoir le retour en métropole. On s’imagine en mini-short à paillettes, dégustant un brie odorant sur les quais de Seine sous une petite brise.  La réalité est parfois différente.

L’arrivée à Roissy CDG est toujours un peu brutale. Déjà, on crève la dalle : vous avez décidé de ne pas succomber au plateau repas d’Egyptair, qui doit réaliser d’impressionnantes économies d’échelle, vu que le plateau est invariablement le même en toute saison : en entrée une salade qui nécessitera un recours à Immodium, en plat des cubes ressemblant à du poulet avec du riz sec, et en dessert un ersatz de tiramisu interdit aux diabétiques. C’est donc le ventre vide que vous vous élancez hors de l’avion, tout ça pour être ralenti quelques mètres plus loin : les douaniers vérifient méticuleusement les passeports de tous les passagers, sans doute méfiants vis-à-vis du seul born again salafiste du vol, Kévin, devenu Kader.

Après avoir récupéré vos bagages avec soulagement, la sortie se fait sans encombre : si votre cote de popularité est intacte, quelqu’un est gentiment venu vous chercher. Après vous être perdu dans le dédalle de parkings, avoir payé  10 euros pour 2 minutes de stationnement, le séjour en France peut commencer.

Le choc ne va pas tarder à se faire sentir en traversant Paris : vous avez l’impression de débarquer sur une plage nudiste du Cap d’Agde, avec un déferlement de cuisses et d’épaules nues, et vous êtes choqué de voir autant de gens qui, pour reprendre la formulation arabe, ne se respectent pas. Il vous faudra bien deux jours pour oser une jupe au genou.

Vous découvrez des sensations dignes d’un Indien dans la ville : vous ne comprenez pas pourquoi les gens courent partout alors que dans la vie rien ne presse, pourquoi tout le monde joue à entasser des briques sur son téléphone dans le métro et pourquoi un thé glacé en terrasse coûte l’équivalent d’un aller retour en train Le Caire-Alexandrie.

Vous retrouvez avec joie vos parents et vos amis, et vous avez du mal à répondre à la question : « alors l’Egypte ? Raconte ! ».  Pas facile de trouver les mots pour décrire votre vie au Caire, les tensions actuelles, et vous avez l’impression de passer pour une victime quand on vous plaint, alors qu’en fait, ce n’est pas vous qui souffez de la situation en Egypte, mais les Egyptiens.

Le retour est également l’occasion de faire un pèlerinage à Monoprix, et de s’émerveiller face aux rayons remplis et bien présentés, et et vous vous demandez comment a été recruté le responsable approvisionnement/gestion des stocks d’Alfa Market, votre supermarché par défaut de prédilection en Egypte.

C’est déjà l’heure de repartir, vous partez donc faire le plein de fromages, de sauce pesto bio, de chocolat fleur de sel afin de vous constituer un stock digne de l’Epicerie du Bon Marché. Vous honorez vos commandes de crème liquide UHT.

Le séjour en France est passé tellement vite, mais au moment de monter dans l’avion, vous vous dites que chez vous, pour le moment, c’est en Egypte.

Chaleur en milieu tempéré : comment survivre à un nouvel été au Caire

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Même s’il est de mauvais goût de se plaindre de la chaleur actuelle au Caire, par respect pour nos amis de la métropole, il semblait opportun de rappeler quelques astuces pour survivre au Caire un été de plus, dans un contexte de coupures d’électricité et d’esprits échauffés.

1) Tentez de localiser, sur Google Maps, les derniers kiosques qui vendent de l’eau

A l’heure où l’on trouve plus facilement du Pepsi (pardon, Bebsi) que de l’eau en bouteille, bien malins sont ceux qui arrivent à ramener un carton d’eau chez eux, sous escorte policière. Pour cela, il suffit de sympathiser avec le monsieur du kiosque, afin qu’il vous mette gentiment des bouteilles de côté en cas de livraison.

 2) Sauvez la planète en utilisant la climatisation avec modération

Après plusieurs mois au Caire, on s’égyptianise rapidement : toute température supérieure à 15 degrés devient insupportable, et quoi de plus efficace que de régler la clim à 10 degrés et ouvrir la fenêtre en grand ? Ressaisissez vous, et soignez-vous en douceur : ouvrez la fenêtre quelques secondes chaque matin, puis de plus en plus longtemps, jusqu’à la performance ultime : dormir la fenêtre ouverte. Vous verrez, on s’y fait très bien.

3) Devenez un pro de l’élimination des cafards

Un malheur n’arrivant jamais seul, on assiste ces jours-ci à une pénurie de la bombe anti-cafards la plus performante : Raid. Cairoinshallah a testé d’autres marques, et quelle déception : vider une demi-bombe ne fait qu’hydrater et rafraîchir le cafard, mais ne le tue nullement. Ne pas lésiner sur la qualité du spray, et investir dans du Baygon, une excellente alternative.

 4) Gérez l’invasion de moustiques sans paniquer

C’est au Caire où l’on réalise qu’on s’est fait arnaquer depuis des années sur le prix de l’antimoustique en France : ici on a le super spray orange, astucieusement dénommé « Off », vendu presque gratuitement, assez dissuasif. On peut également recommander la raquette électronique, qui une fois activée, électrocute le moustique en quelques instants, et évite les tâches disgracieuses sur la moquette. Cela vous permettra en plus d’améliorer votre revers.

5) Trouvez un ingénieux compromis entre mourir de chaud et ne pas choquer les salafistes

A l’heure où la jupe au genou n’est plus acceptée qu’à Hurghada, il s’agit de porter des vêtements permettant de se respecter soi-même sans tourner de l’œil. Cela ne vous aura pas échappé que le lin colle, passés 40 degrés, et que les tshirts légers sont malheureusement transparents. Nous conseillons donc l’acquisition d’une gallabia, lavable en machine, parfaite pour vos rendez-vous en ville.

 6) Apprenez à vivre sans électricité

L’électricité appartient au passé, profitez d’un été déconnecté des lignes haute tension pour appliquer les principes de simplicité volontaire élémentaires : dîner à la bougie, lampe frontale pour lire, fromage local au lieu du cantal Monoprix congelé avec amour.

 Bon été à tous !

Photo: Cairoinshallah, coraux de Marsa Alam