Une escapade dans un monde parallèle : bienvenue au Mall of Arabia

Mall of Arabia

Vu le nom du mall, on s’imagine ce centre commercial planté implanté au beau milieu d’une oasis, et fréquenté par des sosies de Laurence d’Arabie. Pas vraiment en fait : il faut courageusement sauter dans une voiture, traverser Mohandessin, puis des champs de blé et arriver à la charmante bourgade du 6 Octobre, banlieue gigantesque où s’alignent des milliers d’immeubles en stuc inhabités, et où les routes ne semblent mener nulle part.

Une brusque envie d’évasion facile et d’exotisme, et vous voilà quelques kilomètres plus tard en train d’errer dans le parking mal fléché du centre commercial. Autant vivre l’expérience à fond, et ça commence par un film au Galaxy. Il ne faut pas être trop regardant sur la qualité dudit film : entre la production locale boudée par les Egyptiens eux-mêmes, et les pires navets importés d’outre atlantique, le choix est difficile. On se rabat alors sur le 1er film bollywoodien autorisé depuis 25 ans en Egypte, le grandiose Chennai Express. Pour l’anecdote, l’Etat égyptien avait jugé que le cinéma de Bollywood très populaire ici, causait trop de tort aux films égyptiens et avait imposé un embargo sur les films indiens. Quand on voit le niveau actuel de la production locale, on se dit que la concurrence a parfois du bon.

On entre alors dans une salle quasi vide, à température légèrement inférieure à celle d’une chambre froide. On n’échappe pas à l’entracte en plein milieu du film, pour permettre aux affamés de remplir à nouveau leur carton de pop corn, et aux autres de quitter la salle définitivement. On laissera aux critiques le soin d’analyser comme il se doit Chennai Express.

En se promenant dans le Mall, on a l’impression d’être dans un monde parallèle : les gens déambulent sur le carreau blanc immaculé mais entrent rarement dans les boutiques. Le supermarché Spinneys semble à lui seul attirer un tiers de la clientèle, qui part à l’assaut des rayons en se servant de son caddie comme voiture-bélier. Dans les allées du Mall of Arabia, on est régulièrement bousculé par des poneys en peluches chevauchés par des enfants surexcités, et on subit les effluves de fast-food de l’immense food court avoisinant. Difficile de ne pas s’interroger sur la rentabilité réelle du centre commercial : les boutiques sont vides, et visent un pouvoir d’achat dont peu d’Egyptiens disposent. La clientèle issue de la classe moyenne se presse quant à elle dans quelques boutiques type Gap ou Zara, tandis que le prolétariat se console en offrant une glace à sa progéniture, ou en se prenant en photo devant les boutiques, ce qui provoque chez l’étranger un léger malaise. La visite touristique s’achève en plein air, où une réplique du « fountain show » de Dubai attire les curieux, avec en fond musical la sympathique Shakira.

Si l’expérience vous tente, rassurez-vous, il y a forcément un mall près de chez vous.

PS : je me permets de signaler un excellent restaurant libanais qui a une terrasse fort agréable, et où on mange encore mieux que chez Taboula. Pour ceux qui ont la flemme d’aller jusqu’au 6 Octobre, un deuxième restaurant ouvrira bientôt à Maadi.

Le calvaire du minimum charge

Séquoia

Au Caire, chaque restaurant ou bar prétendument branché et rempli de pseudos hipsters se doit d’afficher un minimum charge. Concept inconnu en France (et heureusement), il permet au restaurant ou au bar d’imposer un minimum à payer par tête, quel que soit ce que vous avez consommé. Une sorte de racket officialisé pour éviter toute incursion malheureuse du prolétariat.

Le prétexte invoqué par les ayatollahs du minimum charge est officiellement de s’assurer un revenu minimum par table et par soirée. L’argument n’est pas recevable en Egypte : contrairement au Français qui squatte sans vergogne une table à midi pour siroter pendant des heures un café à 3 euros, l’Egyptien lui n’est pas rat et s’efforce de commander autant de plats nécessaires  pour les aligner sur sa table et épater la gallerie. L’Egyptien ne regardant pas à la dépense quand il sort, pourquoi cette mesure anti-radins ?

Parce qu’en réalité, le minimum charge, c’est le concept écœurant qu’ont mis en place les restaurants/bars chics pour s’assurer une clientèle soit-disant sélecte, et écarter les smicards égyptiens qui voudraient juste prendre un verre dans un endroit agréable.  Ici, le standing de la  clientèle prime sur la qualité de l’endroit (d’où la difficulté de trouver un restaurant décent, mais c’est un autre sujet).

 Le minimum charge n’a de minimum que le nom. Dans un pays où le salaire minimum est de 700 livres égyptiennes (environ 70 euros), il peut atteindre 250-300 livres dans certains bars d’hôtels. Il est étrange que la clientèle se soit résignée et accepte cet apartheid social. Pire, les endroits qui imposent un minimum charge deviennent soudainement très en vogue, car la clientèle est triée sur le volet, l’entre-soi étant tellement rassurant. C’est aussi tendance d’indiquer sur Facebook qu’on est à tel endroit, juste pour prendre un verre, car cela apporte un éclairage subtil sur votre situation patrimoniale.

Parfois, le restaurant affiche à l’entrée « minimum charge 150 livres ». En cette période où la transparence est reine, on apprécie. En revanche, on apprécie moins quand on nous précise en fin de soirée qu’il y en avait un, alors qu’on a pris 2 jus, mais qu’on peut  commander des plats à emporter à minuit pour atteindre ce fameux montant. Dans ces cas-là, l’auteur de ces lignes adopte la technique de la palourde : ne jamais lâcher, surtout quand le serveur indique d’un air excédé qu’il faut payer, quand même, pour « la vue ».

photo: le restaurant Séquoia à Zamalek, précurseur du minimum charge

Les derniers souffleurs de verre au Caire

Souffleur de verre du Caire

Ils sont deux, en chemise et pull en laine, à façonner avec une habilité surprenante des bouts de verre recyclés dans une chaleur étouffante, alimentée par un four en terre à 600 degrés. Habitués à ce que les visiteurs admirent leur travail, ils tirent une grande fierté de leur art et leurs gestes millimétrés leur permettent de sculpter cette matière indocile et de modeler les objets les plus variés.

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Le verre est recyclé à partir de canettes de soda, et sert à faire de la vaisselle et des lampes qui ravissent les touristes. Les rares ateliers qui n’ont pas encore fermé se trouvent dans la Cité des Morts et près de Bab Al Futuh. Le métier de souffleur de verre est un long apprentissage : pendant 3 ans, l’apprenti souffleur passe 6 heures par jour devant son four à peaufiner ses gestes. Une vocation, sûrement.

Boutique de verre soufflé

crédit photo: cairoinshallah

Mens sana in corpore sano au Caire

Une salle de gym flottant sur le Nil

Une salle de gym flottant sur le Nil

Au Caire, le sport est une question de survie : la vie est stressante, les trottoirs défoncés poussent à prendre un taxi pour tout trajet de plus de 50 mètres, et l’apport calorique du koshary est absolument dément. Faire de l’exercice est donc essentiel pour son équilibre mental. Certes, mais où entraîner son corps de rêve ? Les espaces verts sont souvent des clubs privés, comme le Gezira club à Zamalek, et tout le monde ne souhaite pas faire de l’aviron sur le Nil, au risque de se faire empaler par un kéké amateur de ski nautique, tracté à 100 km/heure par un hors-bord. Il ne reste plus qu’à aller à la salle de gym.

En Egypte, aller au club de gym est réservé aux plus riches, les tarifs d’entrée étant au minimum équivalents à ceux des salles en France. On y va donc pour se montrer, trouver un mari, et accessoirement faire de l’exercice. Alors que l’expat s’y rend dans une tenue décontractée (jogging en pilou et t-shirt informe), l’Egyptien se prépare pour aller au sport comme on s’apprête pour un mariage : tenue de la dernière collection Nike, baskets cirées et brushing pour mesdames. Oui, car l’objectif au club n’est pas de transpirer, on vous le rappelle.

Une fois dans la salle, l’Egyptien aime appeler l’ensemble de son répertoire de son Blackberry, afin de placer un discret « oui, je suis à la gym là », tout en soulevant une haltère d’un air distrait. D’autres s’admirent longuement dans le miroir sans aucune retenue, ou encore se retrouvent entre amis pour discuter assis sur les barres à abdominaux. Une bonne partie de la session d’entraînement est également passée à discuter avec le coach, à parler politique ou se faire dire que vraiment, on a énormément pris de muscle ces dernières semaines.

Pas encore inscrit à une salle de gym ? Il n’y a pas d’âge pour s’y mettre, comme en témoigne un sympathique octogénaire en pull jacquard, pantalon de velours et baskets blanches qui marche d’un bon pas sur un des tapis quelques minutes chaque semaine.

Le train fantôme du Caire

MiniMetro-Aéroport du Caire

Rares sont les gens du Caire qui connaissent l’existence du mini métro de l’aéroport. Normal, quasiment aucun panneau n’indique son existence, et le sigle « APM » n’est pas des plus éclairants. Cairoinshallah a mené l’enquête sur un des secrets les mieux gardés de l’aéroport.

L’aéroport du Caire est à l’image de la ville: déstabilisant, organisé contre-intuitivement, et requérant de grandes capacités d’anticipation chez le voyageur. Les terminaux sont reliés entre eux par une navette (autobus) qui passe toutes les 30 minutes, si tout va bien. Idéal quand on s’est trompé de terminal et qu’on est déjà en retard, ou si on doit prendre un autre avion. Il va sans dire qu’aucune indication ne mentionne les arrêts de la navette. Il faut demander, et les gens répondent avec des grands mouvements de bras, ou conseillent de prendre un taxi.

Afin d’accompagner l’augmentation croissante du nombre de passagers à l’aéroport, il a donc été décidé de construire un mini métro automatique, reliant les différents terminaux. Le mini métro est une merveille technologique (normal, il a été conçu par une entreprise française), seulement voilà, il reste désespérément vide.

Cet insuccès s’explique par plusieurs raisons. Lancé il y a quelques mois, personne n’en a parlé: il avait été commandé par un candidat malheureux à l’élection présidentielle égyptienne. Ensuite, il n’y a aucun panneau indiquant clairement le métro et expliquant son  intérêt. Le sigle APM (automated people mover) apparaît à quelques endroits mais demeure énigmatique pour les néophytes. Le mini métro est pourtant pratique: il relie le terminal 1 (départs), l’air mall (centre commercial fantôme près du terminal 1 arrivées), le car park (parking long terme qui reste désespérément vide) et les terminaux 2/3.

Selon certaines sources, la navette par bus devrait disparaître dans les prochains mois. Espérons qu’entre temps, la signalisation du mini métro se sera améliorée. Coût du mini métro: 60 millions d’euros.

Excellente année 2013, et merci de lire le blog !