Alfa Market ou le cauchemar de la desperate housewife

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Il est presque choquant d’avoir aussi peu parlé d’Alfa Market sur ce blog, qui représente pourtant l’épicentre de Zamalek. Nous passerons sous silence les piètres concurrents de l’île, à savoir Séoudi (fraîchement rénové) et Métro (supermarché à déconseiller aux plus claustrophobes d’entre nous).

L’AlfaMarket, c’est la bouée de sauvetage des prolétaires de Zamalek, qui n’ont pas de 4×4 pour partir en road trip au Carrefour de Maadi et ramener du Made in France. Alors qu’en France on se demande ce qu’on va bien manger, ici c’est plutôt « qu’est-ce qu’on va trouver ». Le responsable approvisionement/supply chain de ce merveilleux magasin n’a jamais dû étudier le concept des flux tendus : il commande beaucoup, et une fois épuisement des stocks, attend quelques mois pour les renouveler. Selon une employée s’exprimant sous couvert d’anonymat, cela serait dû au retard de paiement des fournisseurs. De quoi rendre folles toutes les ménagères de l’île, même celles de moins de 50 ans.

L’aventure commence d’abord à l’entrée, où on se fera interpeller comme une voleuse dès qu’on a le malheur d’avoir un sac à main un peu trop volumineux, afin probablement d’éviter qu’on aille voler des mugs et des poêles Téfal à l’étage. Le premier défi est de trouver un panier à roulette dont l’anse rétractable se déroule complètement. Les habitués savent qu’il n’y en a qu’un ou deux, et qu’un mauvais choix de panier vous gâchera le plaisir des courses et provoquera invariablement un lumbago. C’est parti pour la promenade dans les rayons, la moitié d’entre eux étant consacré aux lipides (sauces, huiles, chips) et l’autres aux sucres rapides. On peut quand même saluer l’effort d’avoir créé un rayon régime, où se mélangent biscottes Wasa et sucre de canne. Les habitués savent aussi qu’il faut toujours regarder la date de péremption des produits : un produit en rayon ne signifie pas qu’il est encore frais. On le constate au rayon boucherie/poissonnerie, où l’odeur peut vous faire tourner de l’œil si vous avez le malheur de chercher le sel (placé au rayon face aux poulets pourris). On le constate aussi au rayon légumes, où des petits malins placent dans des barquettes des légumes tâchés en faisant exprès de les retourner pour qu’on ne s’en aperçoive qu’à la maison. En revanche, si vous avez des TOC liés au ménage ou à l’hygiène, vous nagerez dans le bonheur à l’étage, où s’alignent des centaines de produits ménagers, certains étant vendus à prix d’or : qui souhaite investir 15 euros dans un spray parquet importé d’Allemagne ?

L’aventure prend fin à la caisse, où les employés font preuve d’une patience exemplaire face à l’attitude de certains clients, qui retournent chercher un article au fond du magasin, ou qui ont pris la seule boîte de raviolis sans code barre. Le dernier défi est alors de tendre son sac réutilisable à l’employé sans qu’il ne se vexe, lui qui a l’habitude d’emballer chaque produit individuellement dans d’immenses sacs plastiques, parce que personne n’a pu prouver jusque là que le réchauffement climatique existait vraiment. Ne soyez pas  tristes de quitter l’Alfa Market, vous reviendrez la semaine prochaine.